Champ-de-Mars (Marcelle Ferron)

Marcelle Ferron

Verrière (1968)

Verre antique
Don du gouvernement du Québec
Emplacement : édicule

Visible de l’intérieur et de l’extérieur de la station, cette gigantesque verrière non figurative attire le regard des voyageurs. L’extrême fluidité du verre participe à un jeu de couleurs mobiles où le rouge, le jaune, le bleu, le mauve et le vert prennent vie.

Le saviez-vous?

Marcelle Ferron est l’une des signataires du manifeste Refus global rédigé en 1948 par le peintre Paul-Émile Borduas.

À propos de l’artiste

Née à Louiseville, Marcelle Ferron (1924-2001) a rendu son art accessible à tous en l’intégrant à l’architecture de bâtiments publics. À ce sujet, elle a dit un jour : « Mon propos a toujours été modeste : j’ai voulu transformer ce mariage de raison en un mariage d’amour. »

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Champ-de-Mars (Marcelle Ferron)   Champ-de-Mars (Marcelle Ferron)   Champ-de-Mars (Marcelle Ferron)   Champ-de-Mars (Marcelle Ferron)

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Source : page Info STM du 7 juillet 2008

Il y a quarante ans était inaugurée à la station Champ-de-Mars une œuvre majeure dans l’histoire de l’art public au Québec, sinon de l’art tout court: une grande verrière non figurative de l’artiste Marcelle Ferron. De toutes les œuvres qui ornent les stations du métro de Montréal, c’est cette verrière qui est la plus connue. Le jour, les rayons du soleil réfléchissent ses couleurs éclatantes sur les quais de la station; la nuit, l’éclairage intérieur les projette à l’extérieur de l’édicule, attirant immanquablement le regard des passants. On ne pourrait imaginer la station Champ-de-Mars aujourd’hui sans cette œuvre. Et pourtant, celle-ci est venue bien près de ne jamais voir le jour…

Née à Louiseville en 1924. Marcelle Ferron reçoit une éducation ouverte dans une famille libertaire. Déterminée à devenir artiste peintre, elle présente ses tableaux à Paul-Émile Borduas, qui l’invite à se joindre au groupe des Automatistes et à signer le Refus global en 1948. La démarche picturale spontanée et individuelle des Automatistes se butant au conservatisme de la société québécoise, Marcelle Ferron décide de s’installer en France. Sa rencontre avec le maître-verrier Michel Blum, en 1964, l’encourage à se lancer dans la production de verrières, elle qui voulait depuis toujours capter la transparence de la lumière dans ses tableaux. De retour au Québec en 1966, elle entreprend avec des industriels de la compagnie Superseal, à Saint- Hyacinthe, la mise au point d’une technique moderne du vitrail où le verre antique est placé en thermos entre les vitres extérieure et intérieure.

Des appuis de taille

Après avoir réalisé des verrières pour la chapelle de la prison de Saint-Hyacinthe et le Centre de commerce international à l’Expo 67, Marcelle Ferron rêve de réaliser une œuvre pour le métro de Montréal, lieu public par excellence. Elle n’hésite pas à demander l’appui du premier ministre du Québec, Daniel Johnson, lors d’une réception. Au premier ministre, qui lui demande s’il peut lui offrir quelque chose, l’artiste répond qu’une station de métro ferait bien l’affaire! Et c’est ainsi que le gouvernement du Québec, qui n’avait pas participé à la construction du métro, fait don à la Ville de Montréal d’une verrière de Marcelle Ferron… Avec ses immenses parois vitrées, la station Champ-de-Mars est choisie pour servir de canevas à cette artiste de la lumière.

Mais il y a un hic: le conseiller artistique du métro, Robert LaPalme, tient à ce que chaque œuvre du réseau rappelle un chapitre de l’histoire de Montréal, ce qui ne cadre pas du tout avec l’approche automatiste de Ferron. Il s’ensuit une lutte acharnée où pratiquement tous les coups sont permis. Forte de l’appui du gouvernement du Québec et du président du comité exécutif de la Ville de Montréal, Lucien Saulnier, Marcelle Ferron tient bon et réalise sa verrière non figurative. De plus, elle soutient publiquement les artistes qui dénoncent la mainmise de LaPalme sur les œuvres d’art du métro. Ce dernier regrettera plus tard d’avoir approuvé la verrière de Ferron, mais pouvait-il faire autrement? Cette histoire aura au moins démontré qu’il fallait laisser plus de liberté aux artistes du métro, ce qui sera le cas pour les stations des prolongements.

Les «grandes formes qui dansent»

La verrière de la station Champ-de-Mars est inaugurée le 6 juillet 1968, avant même que son installation ne soit complétée. Si l’œuvre de Ferron reçoit peu d’attention dans les journaux, elle séduit aussitôt les voyageurs. Un jour, une femme aborde l’artiste dans la rue pour lui parler de la verrière de la station Champ-de-Mars. Elle la remercie chaleureusement pour ces «grandes formes qui dansent», expression imagée qui deviendra le titre non-officiel de l’œuvre. Celle-ci sera d’ailleurs entièrement restaurée en 1999, initiative qui vaudra à la STM un prix Orange d’Héritage Montréal. Entre-temps, Marcelle Ferron devient en 1983 la première femme à recevoir le prix Paul-Émile Borduas, plus haute distinction accordée par le gouvernement du Québec à un artiste en arts visuels.

Après le projet de la station Champ-de-Mars, Marcelle Ferron réalise plusieurs autres verrières, notamment pour le palais de justice de Granby et la station de métro Vendôme. Même si l’artiste dit préférer sa verrière de Granby, c’est celle de la station Champ-de-Mars qui est considérée comme son chef-d’œuvre. Au décès de Marcelle Ferron, le 19 novembre 2001, le premier ministre du Québec, Bernard Landry, lui rend cet hommage: «Le Québec se souviendra toujours de cette femme à l’œil clair et à la pensée leste, qui voulait mettre l’art au service de ses concitoyens. Ce n’est pas un hasard si les Montréalais, quelle que soit leur origine, aiment et admirent la verrière du métro Champ-de-Mars. L’œuvre de Marcelle Ferron porte la signature d’une artiste dont l’envergure d’esprit transcendait les cultures.»

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