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Pourquoi donc
un métro à Montréal au début du siècle?
Nous avons pris connaissance dans les deux articles précédents de l'émergence de
nombreux projets de transport souterrain à Montréal au début du siècle. Mais pourquoi
donc cette effervescence?
D'abord, il y a le fait que le transport en commun relève de l'entreprise privée à
ce moment. Les bénéfices anticipés par la réalisation du réseau puis par son
exploitation exclusive avaient de quoi éveiller l'intérêt du plus paresseux des hommes
d'affaires. Ensuite, il faut savoir que Montréal vit de 1896 à 1914, la période dite de
"la belle époque", caractérisée par l'euphorie, la prospérité, la
croissance, l'immigration et l'étalement urbain. C'est l'âge d'or des grands magasins
Ogilvie, Dupuis et frères et Au bon marché. Montréal est la métropole commerciale et
financière du pays. L'accès portuaire de Montréal en fait un centre nerveux par où
transitent biens et personnes d'une dizaine de réseaux de chemin de fer différents de
l'Ouest canadien et des États-Unis notamment.
Dans ce qui apparaît être la première étude réalisée par la ville de Montréal
sur la question du métro, l'ingénieur des voies ferrées G. R. Macleod souligne, dans un
rapport daté du 7 février 1914, que la population de Montréal et de ses proches
banlieues est passée de 270,000 habitants en 1899 à 650,000 en 1913. Parallèlement, le
nombre de voies de tramways a peu augmenté pendant cette période mais celui des trams en
service s'est multiplié. Ainsi, la Montreal Tramways Co. déplace environ 160 millions de
passagers en 1913 alors que quelques 40 millions avaient été transportés en 1899. Le
territoire de la ville de Montréal s'agrandit, la population s'installe dans des
quartiers nouveaux mais continue de travailler au centre-ville. Cette zone, nantie de rues
étroites et privée de grands boulevards, est bordée au sud par le fleuve et au nord par
la montagne.
Aux heures de pointe, c'est la congestion. Les pointages effectués un jour au début
de décembre 1913 (rapport Macleod) indiquent que de 17 à 19 heures, 485 trams ont
circulé sur les 4 principales artères sud-nord du centre-ville. Sur certaines rues, il y
a plus d'un tram à la minute. C'est la queue leu leu! En plus des tramways, il faut
ajouter la circulation automobile, les stationnements et les chevaux. Montréal étouffe
virtuellement. Bref, le poumon même du Canada a peine à aspirer le matin et à expirer
le soir.
En conclusion, le rapport Macleod cité plus haut et conservé aux archives de la Ville
est riche en information. Fort de l'étude des métros de New-York et de Boston et de
données techniques et statistiques, Macleod insiste sur l'urgence d'élaborer un plan
général de transport urbain, il recommande l'établissement de lignes de métro
détaillées et il justifie entre autres pourquoi le métro est-ouest ne doit pas passer
sous Ste-Catherine mais bien un peu plus au nord, sous Ontario principalement.
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