Un projet de chemin de fer souterrain à Montréal dès 1910!
Le 15 mai 1902, une loi fédérale constitue en corporation la Compagnie du passage souterrain de Montréal (Montreal Subway Co.) dont l'objet principal est de "tracer, construire, exploiter un passage ou des passages souterrains, tant pour les chemins de fer que comme voies publiques, sous le lit du fleuve et en face de l'île de Montréal... et de chaque côté du fleuve St-Laurent des avenues, passages souterrains...". En 1910, trois groupes d'hommes d'affaires présentent autant de projets au parlement du Québec dans le but de se voir accorder le pouvoir de construire et d'exploiter un réseau de chemin de fer souterrain à Montréal. D'abord, Thomas W. Peel et son groupe échouent dans leur tentative de former The Montreal Underground and Elevated Railway Co. le projet de bill privé étant refusé en troisième lecture. La Suburban Tramway and Power Co. qui exploite déjà un réseau de tramways à Montréal est autorisée à modifier sa charte pour devenir The Public Service Corporation mais son projet d'amendement lui octroyant des pouvoirs accrus lui est aussi refusé en troisième lecture. Seule la Montreal Street Railway Co., principale responsable du transport public à Montréal, voit sa requête reçue favorablement par le législateur du Québec qui lui accorde quatre ans pour commencer les travaux. Ce qui nous apparaît être le premier projet documenté d'un chemin de fer souterrain à Montréal date de 1910. Cette année-là, la Montréal Central Terminal Co. (MCTC), formée en 1890 sous le nom de la Montreal Bridge Co., obtient du gouvernement fédéral le privilège de construire non plus un pont sur le Saint-Laurent mais un tunnel sous celui-ci reliant Montréal à la Rive-sud. La MCTC prépare des plans pour réaliser ce projet et effectue en 1910 de nombreuses démarches à cet effet. Le 31 décembre 1910, le président Armstrong de la MCTC s'adresse au Bureau des commissaires de la ville de Montréal pour présenter un gigantesque projet de construction d'un tunnel à deux voies sous le Saint-Laurent, d'un terminus au centre-ville et, partant de cet endroit, un réseau souterrain de chemin de fer allant vers l'est, l'ouest et le nord de la ville. Armstrong ne demande aucune contribution financière à la ville mais s'attend à ce que celle-ci agisse libéralement avec la MCTC en ce qui concerne la taxation et les autres éléments de même nature. La MCTC qui avait échoué dans son projet de construction d'un pont sur le Saint-Laurent mettra beaucoup de vigueur et d'énergies à défendre ce nouveau plan. L'échange de correspondances conservées aux archives de la ville de Montréal semble indiquer que cette dernière ainsi que certaines compagnies de chemin de fer déjà solidement établies à Montréal s'opposeront fermement au projet. Celui-ci tombera pour ainsi dire à l'eau quelques années plus tard. Armstrong conclut sa lettre du 31 décembre 1910 en signalant que "le sujet est d'une telle importance qu'il mérite de prendre le temps de considérer la problématique sous tous ses aspects." Ce conseil éclairé sera effectivement pris au pied de la lettre car plusieurs autres projets seront élaborés avant que ne débutent les travaux de construction le 23 mai 1962. |


