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Quelques notes historiques
sur la Commission des tramways de Montréal.
Histoire administrative
La Commission des tramways de Montréal commence ses activités publiques en 1918 mais
sa genèse remonte en fait à l'année 1916, où la législature du Québec adopte la loi
créant la Commission des Tramways (7, George V, chapitre 60, section 28, sanctionnée le
22 décembre 1916), composée de cinq membres. Un amendement est apporté à cette loi et
permet la nomination du cinquième membre de la Commission (Recommandation no 78 du
Conseil exécutif du Québec, approuvée par le Lieutenant-Gouverneur le 13 janvier 1917).
Le 28 janvier 1918, le Contrat entre la Cité de Montréal et la Compagnie des tramways de
Montréal est signé par les deux parties (Loi 8, George V, chapitre 84, section 75,
sanctionné par le Lieutenant-Gouverneur le 9 février 1918). Ce contrat crée en 1918,
par la même occasion, la Commission des tramways de Montréal, qui commence ses
activités le 22 avril 1918 par la tenue de sa première réunion. Pour plus de clarté,
ajoutons ici que la Commission des tramways [1916] est en quelque sorte l'organisme auquel
succède peu après la Commission des tramways de Montréal [1918].
Le mandat de la Commission des tramways [1916] est de préparer un contrat de transport
en commun entre la Ville de Montréal et la Montreal Tramways Company, qui sera valide
jusqu'en 1953. A cette fin, la Commission des tramways procède à des études
approfondies sur les conditions locales de transport en commun et aussi sur celles qui
règnent dans certaines villes américaines. L'aboutissement de ses travaux est le
Contrat, mentionné plus haut. Le mandat de la Commission des tramways de Montréal [1918]
consiste ainsi à s'assurer que le développement et l'exploitation du système de
transport en commun de la Montreal Tramways Company se fassent conformément aux clauses
stipulées dans le Contrat.
Complément à l'histoire administrative
L'existence de la Commission des tramways de Montréal, généralement méconnue et
souvent confondue avec la Compagnie des tramways de Montréal , se comprend mieux si on se
rappelle qu'entre 1911 et 1917, la Montreal Tramways Company détient un monopole sur tout
le transport en commun effectué sur l'île de Montréal. Les diverses franchises
d'exploitation qu'elle possède et qui proviennent des compagnies qu'elle acquiert lors de
sa fondation lui confèrent une large autonomie de manoeuvre . Toutefois le service fourni
est loin d'être à la hauteur des demandes répétées du public et des clauses des
divers contrats. Bref, le mécontentement est grand.
Pour régler cette situation, le législateur crée la Commission des tramways [1916],
dont le mandat, nous l'avons présenté plus haut, est de préparer un contrat définitif
entre la Ville et la Compagnie, destiné à assurer un développement organisé d'un
système de transport en commun efficace et fiable. Composée des sénateurs Joseph
Philippe Baby Casgrain et Charles Philippe Beaubien, du député fédéral Alphonse
Verville, de l'avocat en chef de la Cité de Montréal Charles Laurendeau et du comptable
Archibald W. Stevenson, la Commission des tramways se livre à de nombreuses études où
elle emploie plusieurs experts et spécialistes dans divers domaines. Parmi ces experts,
mentionnons L.A. Herdt, ingénieur civil et professeur à l'université McGill, A.H.
Lapierre, architecte, et D.W. Ogilvie, agent d'immeubles. Ces trois personnes réaliseront
ainsi une évaluation globale de la Montreal Tramways Company . La Commission ajoute ces
expertises à son étude des représentations et des suggestions provenant des «corps
publics, des représentants des corporations municipales et d'un grand nombre de
particuliers». Les résultats de ces études et consultations, dont plusieurs aspects
sont repris dans le Rapport de la Commission des tramways, apportent quelques critiques à
l'égard de l'exploitation générale du transport en commun sur l'île de Montréal. A
titre d'exemple, la citation suivante nous éclairera.
«Le système de la compagnie était donc régi par trente contrats différents et
quatorze conseils municipaux étaient chargés d'en surveiller l'exécution. Ces contrats
ont été calqués les uns sur les autres et ils ne reposent sur aucune donnée
scientifique. Les corporations municipales n'ont aucun contrôle sur les dépenses du
capital ou de l'exploitation ou sur le développement du système. Ce développement ne
s'est pas fait dans le passé suivant les besoins de la population ni dans toute la mesure
de la capacité financière de la Compagnie des tramways ou des compagnies qu'elle a
absorbées. Les tarifs sont fixes. Ils sont trop élevés dans certains cas et trop bas
dans d'autres. Ils ne peuvent être changés que du consentement mutuel de la Compagnie et
des corporations municipales. Si les revenus sont trop considérables, la compagnie fait
des profits exagérés; s'ils sont insuffisants, le service diminue au détriment du
public. Les conditions d'aujourd'hui, financières et autres, sont différentes de celles
qui existaient lors de la passation de ces contrats, il y a dix, quinze ou vingt ans et
ces contrats ne conviennent plus aux circonstances actuelles. Tout en admettant que le
réseau de la compagnie est probablement l'un des meilleurs en Amérique, tant à raison
de la qualité et du confort de ses voitures qu'à raison de la valeur de ses propriétés
et de leur entretien, il ne répond plus aux besoins présents.»
C'est précisément dans le but de répondre à ces nouveaux besoins que le Contrat
entre la Cité de Montréal et la Compagnie des tramways de Montréal (Loi 8, George V,
chapitre 84, section 75) est ratifié en février 1919. Sans doute pour en indiquer
l'importance administrative que le législateur lui conférait, c'est dès l'article 2
qu'est créée la Commission des tramways de Montréal. La lecture de ce document s'avère
fort intéressante et nous en présentons quelques extraits plus loin. Toutefois,
d'emblée, nous établissons quelques distinctions fondamentales entre les tâches
spécifiques de la Commission des tramways de Montréal et celles de la Montreal Tramways
Company. La Commission avait en fait un rôle de supervision et de contrôle sur la
Montreal Tramways Company, dont la mission consistait à assurer le développement,
l'exploitation et l'entretien d'un système de transport en commun. Autrement dit, la
Commission s'occupait de la régie administrative du transport en commun, alors que la
Montreal Tramways Company en assurait la gestion quotidienne. La Commission avait ainsi
les pleins pouvoirs décisionnels entre autres sur la sélection et l'achat des nouveaux
véhicules destinés au transport de passagers, sur l'établissement des circuits
(tramways, autobus ou trolleybus), sur les caractéristiques générales des rails, sur
l'alimentation électrique des véhicules, sur l'entretien général ou l'enlèvement des
voies, sur la tarification, sur le service et la fréquence du service, ainsi que sur
toute demande de modification de parcours ou de déplacement d'arrêt. D'autre part, c'est
la Commission des tramways de Montréal, et non pas la Montreal Tramways Company, qui
recueillait les doléances de citoyens souhaitant voir certaines modifications aux
services offerts par la compagnie.
Le Contrat comporte 100 articles, dont un fort pourcentage a une incidence directe sur
le fonctionnement administratif de la Commission des tramways de Montréal. Toutefois la
majorité de ces articles a trait bien évidemment aux activités de la Montreal Tramways
Company ainsi qu'aux relations entre la Montreal Tramways Company et la Commission des
tramways de Montréal. A titre d'indication générale, nous présenterons ici les
principaux articles qui régissaient directement les activités quotidiennes de la
Commission ainsi que quelques autres qui régissaient les liens entre les deux parties.
Quant aux membres et employés de la Commission, ils sont présentés plus loin.
L'adoption obligatoire de règles de pratique était régie par l'article 10. Approuvées
par la Commission des services d'utilité publique du Québec le 16 août 1918, ces
règles ont été publiées sous forme de brochure . Elles balisaient notamment les
mécanismes d'audiences publiques, de réception des demandes, des auditions et des
ordonnances. Pour les affaires qui ne concernaient que la Montreal Tramways Company et la
Commission, cette dernière siège aux jours et aux heures qu'elle juge nécessaire,
après en avoir informé les parties intéressées . Pour les audiences publiques, la
Commission siège à ses bureaux, les premier et troisième mardis de chaque mois . Ainsi,
pendant sa première année d'activités, la Commission tient 308 séances, tant publiques
que privées .
Dans le cas de décisions majeures qui pourraient entraîner un appel, la Commission
devait les signifier sans délai à la Cité, à la compagnie et à toute autre partie en
cause. En cas de contestation de la part de la Montreal Tramways Company ou d'une
municipalité relativement à une décision rendue par la Commission des tramways de
Montréal, l'appel devait être logé auprès de la Commission des services d'utilité
publique du Québec, qui pouvait confirmer, infirmer ou modifier la décision de la
Commission. La décision de la Commission des services d'utilité publique du Québec
était quant à elle exécutoire, c'est-à-dire qu'elle ne pouvait être contestée de
nouveau devant un éventuel niveau juridique supérieur. De plus, le Contrat, dans son
acte de ratification (9 février 1918), mentionne qu'aucune cour de justice ne peut
empêcher la Commission des tramways d'exercer ses pouvoirs ou d'exécuter ses devoirs.
Quant aux fonctions de contrôle et de supervision auprès de la Montreal Tramways
Company, la Commission a le droit par elle-même ou par ses employés, en tout temps,
d'examiner tous les dossiers et autres documents de la Compagnie et de visiter les
propriétés de la Compagnie. La vérification de la comptabilité de la Compagnie doit
être réalisée par un comptable licencié, à l'emploi ou non de la Commission. Pour
rendre compte de ces activités de supervision, la Commission fait chaque année un
rapport à la Ville de Montréal sur les conditions de tous les comptes de la compagnie
relevant du Contrat. En ce qui a trait aux articles qui régissent les liens entre la
Commission des tramways de Montréal et la Montreal Tramways Company et qui en
établissent les compétences distinctes, plusieurs d'entre eux portent sur
l'établissement de nouvelles voies et sur le service général à la clientèle, d'autres
sur les achats et les dépenses courantes, d'autres enfin sur la supervision de la
structure financière de la Montreal Tramways Company.
Nous avons mentionné plus haut les pouvoirs de la Commission relativement aux
nouvelles voies et au service général à la clientèle. Ajoutons simplement ici que
c'est aussi la Commission qui est habilitée à décider si la compagnie doit établir et
mettre en exploitation un système d'autobus aux conditions que la Commission détermine.
Sous la rubrique «Travaux et contrats sous le contrôle de la Commission», la
Commission se voit assigner un rôle de surveillance pour tous les travaux prévus au
Contrat. De plus, tout contrat d'une valeur excédant 50 000$ doit être obligatoirement
soumis à la Commission huit jours avant sa passation. En cas d'appel à la décision de
la Commission, ce sont les procédures d'appel mentionnées plus haut qui sont mises en
application.
Un des objectifs fondamentaux du Contrat était de voir à ce que la population puisse
bénéficier des meilleurs équipements possibles en matière de transport en commun. Cela
incluait entre autres des véhicules en bon état de fonctionnement, régulièrement
réparés et remplacés le cas échéant, tout comme les voies de tramways et les
installations électriques. A cette fin, le Contrat créait une structure financière
destinée non seulement à couvrir les dépenses courantes et certaines dépenses
imprévues mais aussi à assurer l'entretien et le renouvellement de tout le système de
transport en commun de la Montreal Tramways Company. La formule adoptée était celle du
service au prix coûtant plus une rémunération fixe accordée à la Compagnie . Un des
points cruciaux de cette structure était la création de divers fonds financiers, dont la
source unique de capital était constitué des «recettes brutes» de la compagnie,
définies ainsi: toutes les recettes et tous les revenus de la Compagnie provenant de
l'exploitation de tout son réseau de tramways, ainsi que de toute autre source
quelconque, soit dans la Cité soit en dehors .
Principalement articulée autour des crédits pour l'exploitation (qui incluaient les
dépenses encourues par la Commission), du fonds d'entretien et de renouvellement, des
redevances à la cité, du fonds de réserve pour contingences et du fonds d'abaissement
des tarifs, cette structure était sous la supervision directe de la Commission. En cas de
déficit d'exploitation, seule la Commission pouvait déterminer de la pertinence de
mettre en action les diverses formules de calcul prévues dans le Contrat pour rétablir
l'équilibre financier de la compagnie et lui imposer les versements pertinents dans les
différents fonds. L'article 3 stipule que la Commission est composée de trois membres
nommés par le Lieutenant-gouverneur en Conseil, qui désigne parmi ces trois membres le
président et le président suppléant de la Commission. La rémunération des membres de
la Commission, également déterminée par le Lieutenant-gouverneur, est payée
mensuellement par la Montreal Tramways Company. En octobre 1918, un registre de la
Montreal Tramways Company nous apprend que la rémunération annuelle du président
Saint-Cyr atteint 7 500$ et celle des commissaires Archibald et Herdt 6 000$ chacun .
Nommés pour 10 ans, les membres de la Commission voyaient l'exercice de leurs fonctions
soumis à certaines restrictions, visant principalement à leur assurer l'indépendance
face à toute forme d'influence indue .
Les premiers membres de la Commission des tramways de Montréal sont Joseph F.
Saint-Cyr, président, L.A. Herdt, vice-président et John S. Archibald, commissaire. Le
15 avril 1926, John S. Archibald est nommé vice-président de la Commission tandis que le
20 septembre de la même année Paul A. Béique, ingénieur civil, est nommé commissaire,
en remplacement de L.A. Herdt. En 1934, à la suite des décès de J.F. Saint-Cyr et de
John S. Archibald, la Commission se compose désormais de Victor Cusson, président, Paul
A. Béique, vice-président et W.I. Bishop, commissaire. En 1936, J.-A. Savoie remplace
Paul A. Béique à titre de vice-président. En 1937, c'est au tour de Gérard Lemire
d'être nommé vice-président, en remplacement de J.-A. Savoie. En 1941, C.C. Lindsay
remplace W.I. Bishop comme commisssaire. En 1947, Henry L. Auger est nommé
vice-président de la Commission, en remplacement de Gérard Lemire. L'année suivante,
P.-A. Lafleur est nommé vice-président pour succéder à H.L. Auger. Enfin, dans le
dernier rapport annuel de la Commission des tramways de Montréal, daté du 16 mars 1951,
P.-A. Lafleur a succédé à Victor Cusson à titre de président et C.C. Lindsay occupe
toujours le poste de commissaire. Le poste de vice-président est laissé vacant.
Pour l'aider à remplir les devoirs qui lui sont imposés par le présent contrat, la
Commission a le droit d'engager les employés dont elle a besoin. Les dépenses faites par
la Commission dans l'exercice de ses fonctions sont à la charge de la Montreal Tramways
Company . La Commission, lors de sa toute première réunion, nomme ainsi l'avocat Raymond
Beaudry comme secrétaire au salaire de 3 000$ par an. Le 18 mai 1918, c'est au tour de
Paul Seurot, ingénieur civil français, d'être engagé à titre d'ingénieur en chef de
la Commission, à raison de 4 000$ par an . Le 31 mai de la même année, A.W. Stevenson
est engagé comme comptable licencié pour exercer les activités de vérification des
livres de la Montreal Tramways Company, comme le stipule l'article 18 du Contrat. Son
mandat comprend entre autres la vérification mensuelle des livres de comptabilité de la
Compagnie des tramways de Montréal et la préparation pour la Commission, «d'un système
de tenue de livres comprenant tous les comptes de recettes et de dépenses de la Compagnie
sous le contrôle de la Commission [...]». Sa rémunération est de 3 600$ par an . En
1927, après le départ de Paul Seurot à la suite de son embauche à titre d'ingénieur
en chef de la Montreal Tramways Company, Arthur Duperron est engagé par la Commission
pour le remplacer. En 1937, Jules Archambault est nommé ingénieur en chef de la
Commission pour remplacer A. Duperron, désormais à l'emploi de la Montreal Tramways
Company . A la fin des activités de la Commission des tramways de Montréal en 1951, le
notaire Etienne Duval occupe la fonction de secrétaire et Marcel Cazavan celle de
comptable.
De dimension modeste, cet organisme de supervision ne compte guère plus que 20
employés au plus fort de ses activités. En plus des postes mentionnés plus haut, les
employés occupent principalement les fonctions d'assistant-comptable ou
d'assistant-ingénieur, de dessinateur, d'inspecteur du trafic, de sténographe ou de
dactylographe .
Les activités de la Commission des tramways de Montréal prennent fin le 15 juin 1951
et à ce moment, le président Lafleur et le commissaire Lindsay «souhaitent consigner,
pour cette dernière réunion de la Commission, leur appréciation pour le service loyal
et efficace rendu par les employés de la Commission» . Brève et touchante, cette
dernière inscription dans un registre de la Commission témoigne de la fin d'une époque
où le transport en commun est organisé depuis 1861 par l'entreprise privée et le début
d'une autre où c'est la Ville de Montréal, par le biais de la Commission de transport de
Montréal, qui prend la relève. En effet, le 16 juin 1951 cette nouvelle Commission de
transport commence ses activités en achetant toutes les actions de la Montreal Tramways
Company encore en circulation. Par cette municipalisation, Montréal possède enfin les
outils nécessaires au développement organisé d'un système de transport en commun.
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