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| ÊTRE
CONSÉQUENT À PROPOS DE KYOTO OU LA RELANCE DU TRANSPORT EN COMMUN |
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Notes
pour une allocution de Au colloque « Protection du climat actions locales et stratégies globales » à Montréal, le 15 mars 2000 |
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| La version prononcée prévaut. |
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| Monsieur Lefebvre, Mesdames Joncas-Adenot et Eloyan, Messieurs Lemieux et Le François, Mesdames, Messieurs, Cest un plaisir et un honneur dêtre ici ce matin parmi vous. Un certain Svante Arrhenius, Suédois, prix Nobel de chimie publia un article dans le Philosophical Magazine and Journal of Science où il exprimait lidée que lactivité humaine pourrait un jour induire des changements climatiques. Le débat souvrait, cétait en 1896 !!! Depuis, lalarme a sonné plusieurs fois avant quon lentende, peut-être na-t-elle pas encore sonné assez fort Pour ma part, cest avec intérêt, mais aussi avec une certaine inquiétude, que jai pris connaissance de la série de documents récemment publiés dans le cadre des démarches fédérales-provinciales qui sont en cours. Celles-ci visent à définir le positionnement quentendent prendre nos gouvernements dans la foulée de lengagement de Kyoto. Je pense tout particulièrement aux travaux de la Table ronde nationale sur léconomie et lenvironnement, à celle des Transports et du changement climatique, au Groupe de travail sur les transports du mécanisme québécois de concertation, et, bien que dans un autre ordre didée, au forum sur les gaz à effet de serre tenu tout récemment par lAQTR. Je disais donc que jai consulté avec intérêt lensemble des rapports récemment publiés. La façon de présenter les choses, la vaste gamme des mesures, le niveau de réflexion, lacuité de certaines analyses faites en dépit des banques de données mal adaptées aux nouvelles exigences environnementales, démontrent le travail énorme qui a été accompli, en partie, par des gens qui sont ici dans cette salle. Je disais aussi mon inquiétude, surtout face à tout ce qui reste à faire afin de répondre à lengagement de Kyoto. Inquiétude, parce que Kyoto ne fait que ralentir le phénomène qui est en cours et que le protocole, même sil est appliqué à la lettre, ne règlera pas les problèmes aigus de congestion que vivent nos villes. Inquiétude aussi, quant à la capacité des gouvernements de mettre en place les mesures qui simposent et enfin, inquiétude face à la volonté des citoyens de soutenir leur gouvernement et à changer leurs habitudes de vie. Le problème du réchauffement de la planète est beaucoup plus profond, plus grave et aussi plus diffus quil ny paraît. Il concerne dabord un choix de société, il touche nos valeurs, il questionne nos propres comportements, il révèle nos contradictions, nous force à nous projeter dans le futur comme jamais nous ne lavons fait auparavant et à penser à ceux et celles qui nous succéderont. Le réchauffement de la planète nest pas un phénomène fatalement naturel, au contraire, il résulte de la sommation des actions humaines. Madame Joncas-Adenot vient de nous présenter la situation européenne. Je vais vous décrire brièvement ce qui se passe ici, de ce côté de locéan, où se trouvent les deux pays les plus « énergivores » de la planète lorsque nous les comparons sur une base per capita. Le Québec, comparé aux autres provinces, fait bonne figure avec ses 9,3 tonnes de dioxyde de carbone par habitant. Il est le moins pollueur. On a vite expliqué que cette « performance » tient entre autres au fait que le Québec joue à fond la carte de lhydroélectricité et que Montréal est la région en Amérique du Nord où lon fait le plus de déplacements en transport en commun par habitant, soit une moyenne annuelle de 222 déplacements contre 210 à Toronto et 63 pour les principales villes américaines. En ce qui a trait au transport public, il sagit cependant dune situation fragile, sinon critique. Dans une étude récente, Sandra Rosenbloom, une chercheuse associée au Transit Cooperative Research Program, concluait, après avoir examiné les tendances lourdes de léconomie, de la démographie, des patterns de développement, des styles de vie, des relations sociales et de la technologie, que : « most trends act to the detriment of public transit » (Les tendances, pour la plupart, ne favorisent pas le transport public). Le déclin du transport en commun nest pas unique à Montréal. Cest un phénomène mondial mais particulièrement marqué en Amérique du Nord. Quatre facteurs fortement inter-reliés expliquent le déclin du transport en commun. Premièrement, un facteur socio-démographique associé au :
Deuxièmement; un facteur économique où lavantage concurrentiel de lauto prend facilement le pas sur le transport public grâce à la mondialisation et aux gains de productivité réalisés par la restructuration de lindustrie de cette industrie. Troisièmement, un facteur politique issu de lambivalence des gouvernements face à lurbanisation; létalement urbain a doublement entamé lefficacité du transport en commun; dabord la faible densité rend pratiquement prohibitive linstauration dun service qui soit attrayant. Puis, la distance moyenne de parcours qui saccroît se traduit par des temps de déplacement de plus en plus longs. Quatrièmement, un autre facteur politique lié à laffaissement du soutien financier. Le sous-financement induit une diminution de la qualité de loffre de service et des hausses de tarifs aboutissant à une baisse dachalandage qui incite à son tour les gouvernements à investir encore moins dans le transport public; on sajuste de façon mécanique à loffre, on gère des budgets, cest le repli, cest la spirale descendante. En Europe, le même phénomène a sévi, mais on y a réagi vigoureusement En réalité, ce qui a présidé aux résultats que lon constate depuis maintenant trois décennies, cest une politique globale du laisser-faire. En effet, nest-il pas paradoxal que la seule résistance quait connu létalement urbain soit venue dune loi qui consiste à protéger le territoire agricole, et non pas dun mécanisme dont les dispositifs auraient été daugmenter la densité urbaine, de concentrer les activités et la population vers la ville centrale? La situation montréalaise 1987-1998 Les données qui suivent sont tirées des enquêtes quinquennales Origine/destination et couvrent le territoire de la région de Montréal. (un rayon denviron 25 km du centre de la CUM regroupant environ 110 municipalités). Synthèse des facteurs dinfluence de la mobilité
- la cum ne va chercher quune part très faible de laccroissement.
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Détails CUM |
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| Centre-ville : | stable | |||||
| CUM centre : | - 34 000 | |||||
| CUM est : | + 2 000 | |||||
| CUM ouest : | + 11 000 | |||||
| - 12 000 | ||||||
Le centre-ville
est épargné, mais la CUM centre est très touchée par les pertes, le bilan est négatif
malgré la création de 13 000 emplois.
Le marché des déplacements a augmenté, le transport en commun, au contraire, sest affaissé et a connu une décroissance relative dramatique. |
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Part des déplacements : |
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1987 |
1998 |
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Auto : |
70% |
78% |
+8% | |||
3 740 000 |
5 014 000 |
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Transport en commun : |
24% |
17% |
-7% | |||
| 1 296 000 | 1 133 000 | |||||
| En somme :
ce phénomène nest pas nouveau);
Cette synthèse de lévolution récente des déplacements confirme à nouveau la tendance : le renforcement de la périphérie et lévidage du centre. Elle permet de mesurer lampleur de la tâche qui nous attend afin de lutter efficacement contre les gaz à effet de serre. De plus, il faudra pallier la difficile situation financière qui prévaut. Et il sagit là dune réalité qui est loin dêtre virtuelle notre budget 2000 qui est de 675 m $, en baisse de 10 m $ sur celui de 1999, na pu être bouclé quen diminuant les dépenses dexploitation et en procédant à une légère hausse de certains tarifs. Il y a 10 ans, la mise en place du Conseil métropolitain de transport en commun indiquait un engagement clair de la part du gouvernement (meilleure coordination du transport en commun, réduction de la tarification, etc..) En 1992, prenant prétexte de la récession et de la crise des finances publiques, le Gouvernement du Québec annonçait son retrait du financement de lexploitation du transport en commun. Sensuivirent pour la période 89-93 des augmentations importantes de tarif :
Chaque hausse affecte lachalandage à la baisse. Parallèlement, à linterne, la STCUM effectuait des efforts de redressement;
Ainsi,
Quant au dernier budget fédéral, il est un autre exemple de linsensibilité du gouvernement face au transport en commun. Depuis quelques années, lAssociation canadienne du transport urbain fait des représentations auprès du gouvernement fédéral pour quil corrige une situation inéquitable. Au Canada, 80% des personnes qui se rendent au travail en automobile se font offrir une place de stationnement gratuite par leur employeur, ce qui est un puissant incitatif à lutilisation de lautomobile. Parallèlement, si un employeur offrait un « avantage » équivalent aux travailleurs utilisant le transport en commun, ces derniers, dans le cadre fiscal actuel, seraient imposés pour cet avantage. Voilà pourquoi, lAssociation canadienne du transport urbain demande au gouvernement une exonération d'impôt. Cette pratique est courante aux États-Unis. Dans la région de San Francisco, lutilisation des transports en commun a augmenté de 31% chez les employés participant et bénéficiant dune exonération. Or, le ministre Martin dans son dernier budget, na pas retenu cette demande. Tout récemment, en octobre 1999, lACTU a réalisé un sondage pan canadien auprès des organismes de transport public en vue de connaître leurs besoins en infrastructures, cest-à-dire les dépenses de remplacement ou de rénovation et les dépenses en immobilisation. Il ressort que ces besoins se chiffrent à un peu plus de 9 milliards de dollars. Les besoins sont énormes en transport public. Comme vous le voyez, mon discours ne dit pas que « tout va bien dans le meilleur des mondes possibles », je ne suis pas venu faire un « pep talk » sur le transport en commun du genre « on va se rouler les manches et relever ce merveilleux défi », ça ne serait pas crédible. Lheure nest pas à la pensée magique. Dans la problématique des gaz à effet de serre un consensus très clair ressort : le transport en commun est perçu comme une des solutions à privilégier. En fait, il ny a pas de solution unique. Il y aura des solutions et elles viendront dinstances diverses qui agiront à des niveaux différents de façon concomitante et structurée. Dans cette optique, et dans cette optique seulement, le transport en commun pourra jouer pleinement son rôle. Cependant, il y a place pour loptimisme, car, dans un passé récent, des expériences ont été faites ailleurs dans le monde et ont été couronnées de succès. Plus près de nous, lexemple de la modernisation du train de Deux-Montagnes est éloquent; son achalandage a doublé. Louverture de la ligne 5 du métro en est un autre exemple (+ 5 à 6% daugmentation de lachalandage). Il est prouvé que lorsque le transport est là, présent dans la ville, lorsquil est valorisé, et quon lui donne les moyens financiers doffrir des services de qualité alors, dans ces conditions, le transport en commun est la véritable alternative à lautomobile. La leçon à en tirer est quun transfert modal est possible. Oui, il est possible de vaincre linertie de la situation actuelle. Mais toute action de redéploiement du transport en commun, tout projet de relance, devra passer nécessairement par une concertation entre tous les acteurs de la ville, des banlieues et des gouvernements. La relance du transport en commun est un moyen très efficace de contrer la menace des gaz à effet de serre et de réduire la congestion, il faudra cependant y mettre le prix. Pour que les choses changent vraiment, il faudra :
Accorder une place plus importante au transport en commun :
Tout cela exigera des choix politiques clairs, beaucoup de courage et des moyens financiers adéquats. Mais avons-nous le choix? Merci de votre attention! |
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