| Monsieur Lefebvre, Mesdames Joncas-Adenot et
Eloyan,
Messieurs Lemieux et Le François,
Mesdames, Messieurs,
Cest un plaisir et un honneur dêtre ici ce matin parmi vous.
Un certain Svante Arrhenius, Suédois, prix Nobel de chimie publia un article dans le Philosophical
Magazine and Journal of Science où il exprimait lidée que lactivité
humaine pourrait un jour induire des changements climatiques. Le débat souvrait,
cétait en
1896 !!! Depuis, lalarme a sonné
plusieurs fois avant quon lentende, peut-être na-t-elle pas encore
sonné assez fort
Pour ma part, cest avec intérêt, mais aussi avec une certaine inquiétude, que
jai pris connaissance de la série de documents récemment publiés dans le cadre
des démarches fédérales-provinciales qui sont en cours. Celles-ci visent à définir le
positionnement quentendent prendre nos gouvernements dans la foulée de
lengagement de Kyoto.
Je pense tout particulièrement aux travaux de la Table ronde nationale sur
léconomie et lenvironnement, à celle des Transports et du changement
climatique, au Groupe de travail sur les transports du mécanisme québécois de
concertation, et, bien que dans un autre ordre didée, au forum sur les gaz à effet
de serre tenu tout récemment par lAQTR.
Je disais donc que jai consulté avec intérêt lensemble des rapports
récemment publiés. La façon de présenter les choses, la vaste gamme des mesures, le
niveau de réflexion, lacuité de certaines analyses faites en dépit des banques de
données mal adaptées aux nouvelles exigences environnementales, démontrent le travail
énorme qui a été accompli, en partie, par des gens qui sont ici dans cette salle.
Je disais aussi mon inquiétude, surtout face à tout ce qui reste à faire afin de
répondre à lengagement de Kyoto. Inquiétude, parce que Kyoto ne fait que ralentir
le phénomène qui est en cours et que le protocole, même sil est appliqué à la
lettre, ne règlera pas les problèmes aigus de congestion que vivent nos villes.
Inquiétude aussi, quant à la capacité des gouvernements de mettre en place les mesures
qui simposent et enfin, inquiétude face à la volonté des citoyens de soutenir
leur gouvernement et à changer leurs habitudes de vie.
Le problème du réchauffement de la planète est beaucoup plus profond, plus grave et
aussi plus diffus quil ny paraît. Il concerne dabord un choix de
société, il touche nos valeurs, il questionne nos propres comportements, il révèle nos
contradictions, nous force à nous projeter dans le futur comme jamais nous ne
lavons fait auparavant et à penser à ceux et celles qui nous succéderont. Le
réchauffement de la planète nest pas un phénomène fatalement naturel, au
contraire, il résulte de la sommation des actions humaines.
Madame Joncas-Adenot vient de nous présenter la situation européenne. Je vais vous
décrire brièvement ce qui se passe ici, de ce côté de locéan, où se trouvent
les deux pays les plus « énergivores » de la planète lorsque nous les comparons sur
une base per capita. Le Québec, comparé aux autres provinces, fait bonne figure avec ses
9,3 tonnes de dioxyde de carbone par habitant. Il est le moins pollueur.
On a vite expliqué que cette « performance » tient entre autres au fait que le
Québec joue à fond la carte de lhydroélectricité et que Montréal est la région
en Amérique du Nord où lon fait le plus de déplacements en transport en commun
par habitant, soit une moyenne annuelle de 222 déplacements contre 210 à Toronto et 63
pour les principales villes américaines. En ce qui a trait au transport public, il
sagit cependant dune situation fragile, sinon critique.
Dans une étude récente, Sandra Rosenbloom, une chercheuse associée au Transit
Cooperative Research Program, concluait, après avoir examiné les tendances lourdes
de léconomie, de la démographie, des patterns de développement, des styles de
vie, des relations sociales et de la technologie, que : « most trends act to the detriment of public transit » (Les tendances, pour la plupart, ne favorisent pas le transport public).
Le déclin du transport en commun nest pas unique à Montréal. Cest
un phénomène mondial mais particulièrement marqué en Amérique du Nord. Quatre
facteurs fortement inter-reliés expliquent le déclin du transport en commun.
Premièrement, un facteur socio-démographique associé au :
- Vieillissement de la population (augmentation de 18% des 65 et + entre
1987-1998),
- À laccroissement du nombre de femmes sur le marché du travail (favorise lachat dune 2e voiture),
- Augmentation des déplacements là où le transport en commun est le plus faible,
- Croissance et changement dans les motifs de déplacements : le motif loisir a augmenté
de 120% et le magasinage de 36%
Deuxièmement; un facteur économique où lavantage concurrentiel de lauto
prend facilement le pas sur le transport public grâce à la mondialisation et aux gains
de productivité réalisés par la restructuration de lindustrie de cette industrie.
Troisièmement, un facteur politique issu de lambivalence des gouvernements face
à lurbanisation; létalement urbain a doublement entamé lefficacité
du transport en commun; dabord la faible densité rend pratiquement prohibitive
linstauration dun service qui soit attrayant. Puis, la distance moyenne de
parcours qui saccroît se traduit par des temps de déplacement de plus en plus
longs.
Quatrièmement, un autre facteur politique lié à laffaissement du soutien
financier. Le sous-financement induit une diminution de la qualité de loffre de
service et des hausses de tarifs aboutissant à une baisse dachalandage qui incite
à son tour les gouvernements à investir encore moins dans le transport public; on
sajuste de façon mécanique à loffre, on gère des budgets, cest le
repli, cest la spirale descendante. En Europe, le même phénomène a sévi, mais on
y a réagi vigoureusement
En réalité, ce qui a présidé aux résultats que lon constate depuis
maintenant trois décennies, cest une politique globale du laisser-faire. En effet,
nest-il pas paradoxal que la seule résistance quait connu létalement
urbain soit venue dune loi qui consiste à protéger le territoire agricole, et non
pas dun mécanisme dont les dispositifs auraient été daugmenter la densité
urbaine, de concentrer les activités et la population vers la ville centrale?
La situation montréalaise 1987-1998
Les données qui suivent sont tirées des enquêtes quinquennales Origine/destination
et couvrent le territoire de la région de Montréal. (un rayon denviron 25 km du
centre de la CUM regroupant environ 110 municipalités).
Synthèse des facteurs dinfluence de la mobilité
- Population : hausse de 10% (+300 000)
- CUM : 24 000 8%
- Hors CUM : 276 000 92%
- la cum ne va chercher quune part très faible de laccroissement.
- Emploi : hausse 6% (+ 58 000)
- CUM : - 12 000
- Hors CUM : + 70 000
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